Le patronat camerounais ne mâche plus ses mots. Face à une croissance qui s’essouffle, une dette qui explose et des investisseurs qui hésitent, le président du GECAM accuse l’attentisme de l’État de coûter plus cher que les crises internationales. Un réquisitoire inédit contre une gouvernance économique jugée trop lente.

L’économie ralentit, le patronat tire la sonnette d’alarme
Face aux membres du GECAM réunis en Assemblée générale ordinaire à Douala, le président Célestin Tawamba a livré un diagnostic sans concession sur l’état de l’économie camerounaise. Derrière un discours volontairement républicain, le message est clair : le Cameroun perd du terrain et ne peut plus se permettre l’immobilisme.
Selon lui, la croissance nationale est tombée à 3,1 % en 2025, contre 3,5 % en 2024, loin des performances de plusieurs économies africaines et largement insuffisante pour atteindre l’objectif d’émergence en 2035. Pendant que l’Afrique subsaharienne progresse à 4,5 %, la CEMAC ralentit à 2,6 %, confirmant sa place de région économique la moins dynamique du monde.
Une économie freinée par ses propres blocages
Le président du GECAM pointe plusieurs signaux inquiétants.
Le secteur pétrolier poursuit sa chute avec une contraction de -6,9 %, tandis que l’agriculture industrielle passe de 8,7 % à -3,2 %. La filière coton enregistre une baisse de 24 % de sa production et un recul de près de 30 % de la valeur de ses exportations. À l’inverse, le cacao atteint un niveau record de 309 518 tonnes, même si les volumes exportés diminuent de 9 %, compensés par une hausse de 18 % des recettes grâce aux cours mondiaux.
Le secteur industriel demeure fragile malgré une légère progression du BTP (4,8 %) et des activités d’eau et d’assainissement (6,4 %). Les industries manufacturières restent pénalisées par les coûts de l’énergie, les difficultés logistiques et le manque de compétitivité.

« Le Cameroun souffre d’un déficit d’exécution »
C’est la partie la plus politique du discours. Sans réclamer de changement de régime, le GECAM estime que le pays souffre désormais davantage d’un manque d’action que d’un manque d’idées.
« Le Cameroun ne souffre pas d’un déficit de diagnostics, mais d’un déficit d’exécution », affirme le président du patronat. Il déplore une administration paralysée par l’attentisme, où les décisions structurantes tardent, les investissements sont différés et les entreprises évoluent sans visibilité. Le message est direct : « Le coût de la non-décision dépasse aujourd’hui celui de l’action. »
Une dette qui grimpe, des investisseurs qui hésitent
Autre sujet d’inquiétude : la dette publique. En une année, elle est passée de 14 549 milliards à 15 416 milliards de FCFA, portée principalement par l’endettement extérieur. Dans le même temps, les investissements directs étrangers restent largement inférieurs au potentiel du pays, alors que la concurrence entre économies africaines s’intensifie.
Pour le GECAM, la compétitivité d’un pays ne dépend plus uniquement de sa fiscalité ou de ses infrastructures, mais surtout de sa capacité à décider rapidement et à tenir ses engagements.

Dialogue, énergie et réformes : les urgences du patronat
Le président du GECAM salue néanmoins quelques avancées, notamment les premières Rencontres économiques du Cameroun qui ont permis l’adoption d’une quarantaine de recommandations, la réforme du cadre des incitations à l’investissement et la création de cadres permanents de dialogue entre l’État et le secteur privé. Il cite également la crise du scanning au port de Douala et la renationalisation d’ENEO comme deux événements majeurs rappelant que l’accès à une énergie fiable demeure la condition indispensable à l’industrialisation et à l’attractivité économique du Cameroun.
En filigrane, le discours du président du GECAM dépasse le simple bilan économique. Il constitue un véritable avertissement adressé aux pouvoirs publics : le secteur privé ne réclame plus de nouveaux rapports ni de nouvelles promesses, mais des décisions rapides, des réformes exécutées et une gouvernance capable de restaurer la confiance des investisseurs.
L’organisation patronale donne déjà rendez-vous aux acteurs économiques les 17 et 18 février 2027, lors des deuxièmes Rencontres économiques du Cameroun, consacrées aux investissements directs étrangers.






