Géopolitique : Les clés du nouvel ordre mondial

Grand entretien : comprendre les nouveaux équilibres géopolitiques mondiaux

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Entretien vérité : Pourquoi les grandes puissances privilégient-elles désormais la puissance militaire, économique et sportive ?  Éric Nguemaleu, Un expert en Droit de l’homme, Politiste, et Spécialiste des affaires Européennes décrypte les nouveaux équilibres géopolitiques entre les États-Unis, l’Iran et la diplomatie sportive. Une lecture stratégique des mutations de la scène internationale.

The Politics Hebdo :  Avez-vous été surpris par l’élection de Donald TRUMP ?  

Éric Nguemaleu :  Personnellement je n’avais pas été surpris par la réélection de Trump, celle-ci s’expliquait par plusieurs facteurs majeurs :

Sur le plan strictement politique, hors mis la déception des américains sur la gestion de la crise en Ukraine par le parti démocrate alors au pouvoir, l’incapacité affichée de Joe Biden à tenir la barque, le manque d’un dauphin masculin crédible capable à prendre le relai et surtout le choix porté sur Kamala Harris (on sait que les Etats-Unis ne semblent pas être prêt à confier leur pays à une femme), ont ouvert un boulevard à Trump.

Sur le plan économique ; Trump a su convaincre les américains en axant sa campagne sur le redressement économique, l’amélioration du coût de vie et la baisse des taxes ; ce qui a plu aux électeurs, touchés par la vie chère, l’inflation et le faible pouvoir d’achat sous l’administration Biden.

Nous pouvons y ajouter son discours de fermeté quant à la gestion migratoire, à l’avenir l’intransigeance aux frontières, argument prépondérant à la sécurité nationale, qui ont séduit tant chez les républicains, que chez de nombreux démocrates.

Sans oublié la capacité qu’à Trump à pénétrer les minorités (majoritairement les latino-américain) à sa cause. De ce fait, de nombreuses minorités principalement les jeunes, pour des raisons économiques, conservatrices, religieuses et culturelles ont été séduits par le discours de Trump, et les grands électeurs qui ont entériné sa victoire face à la candidate démocrate Kamala Harris.

The Politics Hebdo :  Quelles selon vous les raisons de la crise irano-américaine ?  

Éric Nguemaleu :  Les raisons de la crise entre les USA et l’Iran sont multiples : historiques, politiques, nucléaires, géopolitiques…

Nous ne pouvons évoquer la crise actuelle entre les deux protagonistes sans revenir sur les raisons historiques.

Tout commence avec le renversement le 19 Août 1953 du Premier Ministre Iranien Mohammad Mossadegh (opération Ajax) par le général FAZOLLAD Zahedi, avec le soutien des services secrets américains (CIA) et leur allié britannique (M16), s’ensuivra la transformation de l’Iran en 1975 avec la révolution et la prise d’otage des diplomates américains à l’ambassade des USA à Téhéran.

Une autre raison de cette crise est que les USA veulent, coûte que coûte, empêcher l’Iran d’étendre définitivement son hégémonie sur cette région du Moyen-Orient et du golfe persique qui conséquemment s’opposera, non seulement aux intérêts des puissances de la région, mais surtout à celle des Etats-Unis et de son allié Israélien.

Mais la principale raison souvent évoqué est d’empêcher par tous les moyens l’Iran de disposer de l’arme nucléaire ; les frappes américains et Israéliens sur les centrales Iraniennes auraient pour but de stopper la progression du nucléaire iranien, via la fragilisation de ses infrastructures.

Sur le plan géopolitique, mes USA chercheraient dans la mesure du possible le renversement du régime actuel, afin d’investir leur relais sur place à Téhéran. Ainsi, ils pourront avoir le contrôle sur le détroit d’Ormuz, détroit extrêmement stratégique par lequel transite une grande quantité du gaz (25% du gaz mondial) et du pétrole mondial (20% du pétrole mondial). Cette logique de l’école Anglo-saxonne et de Mahan, guide les relations internationales. L’idée ici est que, pour exister les USA doivent développer le commerce, et pour parvenir, ils doivent développer une puissance commerciale pour aller chercher les matières premières, mais aussi pour les exportations ; et le développement des flottes commerciales sous-entend également la possibilité, le devoir de les défendre, et pour cela, les Etats-Unis doivent absolument développer une puissance maritime pour protéger ce commerce.

Dans la poursuite du raisonnement de Mahan et de Mackinder, Cohen lui évoquait aussi la puissance terrestre et la puissance maritime, à la seule différence qu’il fera deux distinctions :

La première, c’est que pour lui, il ne faut pas que les Etats-Unis contrôle tout le RIMLAND (zone tampon ou zone d’affrontement selon Mackinder), ils doivent faire appel à quelques Etats pivots (dans le golfe par exemple les Etats-Unis utilisent le Qatar, les Emirats Arabes Unies pour les bases aériennes géantes d’Al-Udeid et d’Al-Dhafra et du Bahrein, cinquième flotte de l’US Navy, ce qui fait de ce pays l’Etat pivot maritime qui sécurise les routes pétrolières et gazières vitales via le détroit d’Ormuz) pour limiter les dépenses.

La deuxième distinction de Cohen, c’est qu’il va dire que contrôler les mers c’est bien, mais cela nécessite beaucoup de moyens, il faut alors privilégier les passages entre les différents océans. Le contrôle des détroits de Panama au Panama, de Malaka en Indonésie, de Bab EL Mandeb à Djibouti permet aussi aux Etats-Unis de passer d’un océan à un autre et à moindre coup. Puisqu’il est question ici des véritables enjeux géopolitiques de ce conflit entre les Etats-Unis et l’Iran, le contrôle du détroit d’Ormuz ouvre la communication maritime entre le golfe persique et le golfe d’Oman d’une part et permet la jonction entre ce golfe enclavé vers l’océan indien et la mer d’Arabie d’autre part.

In fine, compte tenu des intérêts de parts et d’autres, nous pensons qu’il faut poursuivre dans la voix de la négociation afin de parvenir à des accords acceptables par les parties belligérantes

 The Politics Hebdo :    le sport peut-il être utilisé comme outil diplomatique avez-vous des exemples dans l’histoire contemporaine ?

Éric Nguemaleu :  Effectivement, oui le sport peut être utilisé comme un outil puissant diplomatique dans le monde contemporain. C’est un outil soft power. A travers des actions de coopérations, des compétitions internationales, les Etats non seulement peuvent, tout en faisant la promotion de leur image, tisser des relations et des liens prolifiques avec d’autres Etats. Le Qatar a par exemple a utilisé le sport et notamment le football pour s’imposer comme un acteur géopolitique incontesté et incontournable, avec notamment un investissement massif (exemple avoir repris Paris Saint-Germain et lui offrir deux Ligues des Champions), sans oublier l’organisation maîtrisée de la coupe du monde 2022.

On peut aussi évoquer la diplomatie de Ping-Pong, qui a consisté à l’organisation des matchs de tennis de table en 1971 entre les Etats-Unis et la Chine, permettant un rapprochement, une normalisation des relations Diplomatiques entre les deux pays.

En matière de coopération et développement, le sport est utilisé pour favoriser la cohésion sociale, le dialogue entre les peuples. Les ONG et les Nations Unies l’utilisent pour la paix et la lutte contre toute forme de discrimination, en nommant par exemple les sportifs les plus célèbres « Ambassadeurs de la paix » (Messi, David Beckam, Eto’o, Séréna Williams, Drogba…).

Inversement, le sport est aussi utilisé comme un instrument de pression et de boycott. Par le mécanisme de restriction de visas d’accès sur le territoire américain pour certaines délégations (principalement celle du staff Iranien), Donald Trump a utilisé le sport comme âme politique et diplomatique.  Nous pouvons aussi citer les boycottes des jeux olympiques de 1980 à Houston et de 1984 à Los Angeles. Nous pouvons également évoquer l’exclusion de la Russie de toutes les compétitions officielles de la FIFA et de l’UEFA, en 2022 à la suite de la guerre en Ukraine.

The Politics Hebdo :  Le football peut-il servir de canal de dialogue informel lorsque les canaux diplomatiques sont bloqués ?

Éric Nguemaleu :  Sans hésitation, nous pouvons l’affirmer. Au Cameroun par exemple, lorsque les lions indomptables étaient au sommet de leurs arts, les autorités s’appuyaient régulièrement sur le soft Power Sportif (diplomatie douce) pour étendre son influence et renforcer son attractivité au niveau international.

En 1990, le parcours du Cameroun à la coupe du monde en Italie avait véhiculé une image de vitalité, ainsi que de puissance du pays, consolidant, renforçant et créant de nouvelles relations bilatérales. Sous la direction de Ahmad Ahmad (ancien président de la CAF), alors que l’organisation de la CAN à 24 équipes au Cameroun n’était plus certaines, la diplomatie parallèle a été utilisé par l’entremise de Samuel Eto’o qui est allé voir le Chef de l’Etat afin de le rassurer que la compétition aura bel et bien lieu au Cameroun.

Au niveau de la diplomatie interne, dans l’un des moments les plus sombres de notre histoire, les lions indomptables à travers leurs exploits ont transcendé les divisions politiques, ethniques et renforçant ainsi un sentiment de fierté et d’appartenance autour du vert, rouge, jaune.

On peut ajouter, au niveau international, le football comme outil de dégel diplomatique, comme les Etats-Unis et la Chine (diplomatie de Ping-Pong) en 1971, le sport en général et le football en particulier ont souvent été utilisé, de manière symbolique pour apaiser les conflits entre les pays en belligérance en organisant par exemple les matchs amicaux.

On peut citer, le match amical opposant en plein dégel les Etats-Unis contre Cuba en 2016 ou bien avant celui de la Corée du sud contre la Corée du Nord en 1990 en allé à (Séoul) retour (Pyongyang), ou le match amical Arabie Saoudite contre l’Iran ; cette diplomatie qualifiée de diplomatie sportive avait pour objectif principal la facilitation du dialogue par le sport.

The Politics Hebdo :  quels sont les scenarios les plus probables de sortie de crise entre les usa et l’iran ?

Éric Nguemaleu :  Les enjeux pour les USA et l’Iran dans cette cire sont multiples et les USA vont poursuivre les frappes ciblées dans le but, non seulement à parvenir à la destruction du programme nucléaire Iranien et de contrôler le détroit d’Ormuz.

Plusieurs scénarios peuvent être envisagés :

  • Primo, le conflit peut s’enliser et perdurer les bombardements américains sur les structures clés de l’Iran et la riposte de l’armée Iranienne sur les bases américaines dans la région présente bien un risque de guerre ouverte. Cette intensification du conflit impactera à coût sûr la production énergétique au niveau mondial.
  • L’Iran peut aussi faire le choix de paralyser le trafic dans le détroit d’Ormuz, en augmentant les taxes de passage, ce qui entrainera l’inflation et l’augmentation des prix du pétrole et du gaz.
  • Les deux belligérants peuvent ouvrir les voies à une désescalade par la voix du dialogue et des pourparlers. Mais l’Iran est-il prêt à abandonner ses ambitions nucléaires ?
  • L’autre scénario (certainement peu probable en Iran) serait qu’une taupe au sein du régime Iranien liquide les dirigeants ou fait comme au Venezuela (capture et exfiltration de l’ancien président Nicolas Maduro vers les Etats-Unis) en permettant ainsi, l’avènement d’une équipe dirigeante beaucoup plus conciliante et favorable aux Etats-Unis. Mais pour y parvenir les frappes américaines doivent aux préalables effondrer les capacités militaires et répressives de l’Iran.

Comme mentionné plus haut, la négociation reste l’alternative la plus fiable car le monde a beaucoup plus besoin de paix que de guerre

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