À l’occasion de la Journée internationale de la démocratie, célébrée ce 15 septembre 2026, l’ONG Un Monde Avenir dresse un constat particulièrement sévère de l’état de la démocratie au Cameroun. Dans une déclaration intitulée « Cameroun et démocratie, le navire qui chavire ! », l’organisation estime que le pays s’est progressivement éloigné des principes démocratiques qu’il affirmait pourtant vouloir consolider.
L’ONG rappelle qu’au fil des années, le Cameroun avait affiché son engagement à travers l’adhésion et la ratification de plusieurs instruments régionaux et internationaux consacrés à la démocratie. Elle cite également des déclarations présidentielles de 1985 et 1991 évoquant la démocratisation de la vie politique, le multipartisme ainsi que la garantie des libertés individuelles, collectives, de presse et d’opinion.

Arrestations, libertés publiques : l’alerte de l’ONG
Le cœur de la déclaration porte cependant sur ce qu’Un Monde Avenir présente comme un rétrécissement de l’espace civique. L’organisation affirme qu’au moins 2 000 civils, dont plus d’une cinquantaine de mineurs et plusieurs responsables politiques, auraient été arrêtés et détenus après l’élection présidentielle d’octobre 2025, pour des faits liés notamment à leurs opinions ou à leur volonté de manifester pacifiquement.
Elle cite notamment les cas de Ludovic Daga, Mvoum Mvoum Parfait Aloys et Djeukam Tchameni, présentés comme toujours détenus au moment de la publication de la déclaration. L’ONG dénonce également le recours aux tribunaux militaires dans plusieurs villes et le ralentissement des procédures.
Défenseurs des droits et liberté d’expression sous pression
La déclaration pointe également la situation du REDHAC, dont la fermeture continue est présentée comme une atteinte à la liberté d’association. L’ONG évoque les poursuites engagées contre Me Alice Nkom et Maximilienne Ngo Mbe, ainsi que les nombreux renvois enregistrés dans leur procédure.
Sur le terrain de la liberté d’expression, Un Monde Avenir estime que la critique du système gouvernant expose désormais journalistes, lanceurs d’alerte, leaders politiques, associatifs et citoyens à des poursuites. Elle cite notamment le cas de Patrick Mengue, condamné à six mois d’emprisonnement ferme après avoir partagé sur Facebook une publication accompagnée d’un commentaire, ainsi que celui d’André Blaise Essama et Nzepang Scotty, acquittés le 19 août 2026 après près de 300 jours de détention, selon la déclaration.
Le suffrage universel au cœur de la controverse
Autre sujet d’inquiétude soulevé : les modifications législatives intervenues en 2025 et 2026. L’ONG relève notamment la prorogation du mandat des députés et les modifications constitutionnelles et électorales promulguées en avril 2026.
Selon Un Monde Avenir, ces changements pourraient affecter le principe de participation populaire et le droit des citoyens à choisir leurs représentants à travers des élections périodiques et au suffrage universel.
Le peuple, dernière bouée de sauvetage ?
Au terme de sa déclaration, l’ONG file jusqu’au bout la métaphore maritime : pour elle, le Cameroun serait devenu un « navire » ayant perdu sa trajectoire démocratique.
Mais son dernier message se veut aussi un appel à la responsabilité citoyenne. Le peuple souverain est présenté comme la « dernière bouée de sauvetage », capable de contribuer à rétablir la trajectoire et à reconstruire une architecture constitutionnelle davantage centrée sur la protection des principes démocratiques.
Une interpellation qui, à l’occasion de cette Journée internationale de la démocratie, pose une question centrale : quelle place le citoyen camerounais entend-il encore occuper dans la conduite de la chose publique ?






