Un Écho historique : Quand 2025 rappelle 1971
Le 1ᵉʳ décembre 2025, Anicet Ekane, président du parti MANIDEM, meurt en détention, après avoir été arrêté dans le contexte électoral post-présidentielle.
Il y a 54 ans, le 15 janvier 1971, Ernest Ouandie, ancien leader indépendantiste, est exécuté publiquement à Bafoussam, suite à un procès expéditif.
Ces deux drames, séparés par près d’un demi-siècle, incarnent la persistance d’un recours à la répression politique pour réduire au silence les voix dissidentes et les figures d’opposition au pouvoir.

Portraits croisés de deux hommes — et de deux combats
Ernest Ouandie
Figure historique de la lutte pour l’indépendance du Cameroun, membre et vice-président de l’UPC, puis chef de l’aile armée, l’ALNK, après la dissolution de l’UPC.
Il incarne la résistance anticoloniale, le nationalisme et l’idéal d’une liberté totale du Cameroun.
Arrêté en 1970, jugé pour « rébellion » et « tentative de renversement », condamné à mort — dans un procès largement dénoncé comme une parodie de justice — puis exécuté publiquement à Bafoussam le 15 janvier 1971.
En 1991, il a été officiellement réhabilité et déclaré héros national par l’Assemblée nationale du Cameroun.
Anicet Ekane
Homme politique, leader de la gauche nationaliste, fondateur et président du MANIDEM, engagé dans l’opposition et la contestation de l’ordre politique en place.
Arrêté le 24 octobre 2025 dans un contexte post-électoral tendu, mis en détention au centre du pouvoir (Secrétariat d’État à la Défense), en compagnie d’autres responsables politiques.
Décède le 1er décembre 2025 en détention — ses avocats et son parti évoquent une « négligence coupable » voire une « mort lente administrée », dénonçant l’absence de soins appropriés et un traitement inhumain.
Pour ses partisans, son décès n’est pas seulement personnel, mais le symbole d’un nouveau sacrifice dans la lutte pour la démocratie et la liberté politique au Cameroun.

Pourquoi les comparer ? Les similitudes qui résonnent
Le pouvoir et la répression : même permanence, même usage
Dans les deux cas, ce sont des États en place — d’abord le régime d’après-indépendance en 1971, aujourd’hui un régime post-électoral de 2025 — qui ont utilisé les détentions, l’isolement, la prison, voire la sentence de mort pour éliminer des adversaires perçus comme dangereux.
Ouandie : condamné à mort après un procès politique expéditif.
Ekane : emprisonné sans que les circonstances de sa détention ne garantissent des soins dignes ; sa mort survient en détention, soulevant des accusations d’« assassinat politique » ou de « mort lente administrée ».
Ainsi, les méthodes changent (fusillade publique vs détention dans un centre militaire), mais le principe reste : l’élimination de la dissidence par la force d’État.
La symbolique du sacrifice : la dissidence face à l’oppression
Les deux hommes incarnent des figures de résistance — l’un contre le colonialisme et le néocolonialisme, l’autre contre un pouvoir contemporain jugé illégitime par ses opposants.
Leur mort devient un événement emblématique, un marqueur :
Ouandié — martyr de l’indépendance et de la lutte anti-néocoloniale.
Dans les deux cas, le décès n’efface pas le message ni l’action : il les magnifie. Le devoir de mémoire et l’irrésolution de l’injustice. Pour Ouandié, la réhabilitation de 1991 consacre son rôle historique. Pour Ekane, l’incertitude sur les circonstances de sa mort, le refus d’autopsie par la famille et les accusations d’absence de soins appellent à une enquête indépendante. Ainsi s’ouvre une nouvelle page, mais le risque est le même : l’oubli, l’amnésie, la banalisation d’un sacrifice.
La mort de ces deux hommes — dans des contextes radicalement différents — montre que le Cameroun reste traversé par des dynamiques puissantes de pouvoir, d’autorité, de répression.
En 1971, c’est le régime postcolonial, soutenu par les anciennes puissances, qui cherche à écraser la contestation indépendantiste.
En 2025, c’est un régime en place qui, face aux turbulences post-électorales, recourt à la détention pour étouffer l’opposition.
Mais dans les deux cas, la société civile, l’opinion publique, les partis, fussent-ils clandestins ou institutionnels, s’interrogent : sur la légitimité de l’ordre établi, sur le droit à la dissidence, sur le traitement des adversaires.
La mort d’Anicet Ekane est — ou devrait être — un signal d’alarme : que les crimes politiques du passé ne soient pas un fonds historique, mais une leçon à tirer pour l’avenir.
En hommage à ces deux figures — Ernest Ouandié et Anicet Ekane — le Cameroun a le devoir de :

Appel à la mémoire et à l’action
Maintenir vivante la mémoire de ceux qui ont sacrifié leur vie pour la liberté, la démocratie ou l’indépendance ;
Exiger vérité et justice chaque fois que la mort d’un opposant ou d’un dissident survient dans des conditions suspectes ;
Reconnaître que le temps passe, mais que les mécanismes de répression, de peur et d’intimidation peuvent resurgir — vigilance, engagement citoyen et solidarité sont essentiels.
« L’histoire écrira : que la lutte continue. » — Paraphrase de l’ultime appel de Ouandie, reprise aujourd’hui pour Ekane.





