À l’occasion de la Rentrée économique du patronat, tenue ce 10 septembre 2026, le président du GECAM, Célestin Tawamba, a livré une lecture critique de la trajectoire économique du pays. Le message est clair : le problème du Cameroun ne serait plus seulement l’absence de politiques publiques, mais surtout l’écart entre les annonces, les décisions et leur exécution. Le GECAM dénonce un État qui prélève plus, investit moins et demande aux entreprises de produire davantage.
Paradoxe après paradoxe, le constat du GECAM est sans concession. Le Cameroun dispose de stratégies, de programmes, de financements annoncés et de réformes successives. Mais sur le terrain, les entreprises voient surtout monter les prélèvements, reculer l’investissement public, se renchérir le crédit et persister les déficits d’infrastructures.
« Le Code général des impôts n’est pas un code de procédure pénale » : le GECAM dénonce l’instabilité fiscale, les 2 500 modifications du Code depuis 2002 et la pression croissante sur les entreprises.

Le code des impôts devient-il un code pénal ?
Fiscalité galopante, investissement public en chute, crédit plus cher, énergie coûteuse, routes dégradées : à sa rentrée économique, le GECAM met à nu les contradictions de l’environnement des affaires au Cameroun.
« Le Code des impôts ne peut pas devenir un code de procédure pénale. » La formule de Célestin Tawamba résume la tonalité de la rentrée économique 2026 du Groupement des Entreprises du Cameroun. Le président du GECAM ne s’est pas contenté de réclamer davantage de soutien aux entreprises. Il a surtout pointé une série de paradoxes économiques qui, selon le patronat, compromettent l’investissement et la création d’emplois.

L’État prélève davantage, l’investissement s’effondre
Le premier paradoxe est budgétaire. À fin mars 2026, les dépenses d’investissement de l’État ne représentaient que 45 milliards de FCFA, contre 175,5 milliards un an plus tôt. Une chute de 74,4 %, avec un taux d’exécution des crédits d’investissement limité à 2,2 %.
Dans le même temps, l’objectif de recettes fiscales passe de 3 200 milliards à 3 600 milliards de FCFA, soit +12,5 %, alors que l’économie ne croît que de 3,5 %.
Le patronat relève surtout le changement de structure du budget : en 2016, le fonctionnement représentait 65,1 % contre 34,9 % pour l’investissement. En 2026, c’est 79,2 % contre 20,8 %. En dix ans, 14 points ont basculé du capital vers le fonctionnement.
15 607 milliards de dette, mais moins d’investissement
À fin juin 2026, l’encours de la dette atteint 15 607 milliards de FCFA, soit 44,2 % du PIB. Le service de la dette absorbe près de 40 % des charges, contre seulement 23 % pour l’investissement public.
Pour le GECAM, le risque est celui d’une « spirale d’endettement improductif ». Sa demande pour 2027 est précise : que les dépenses de fonctionnement progressent enfin moins vite que les dépenses d’investissement.
65 % des entreprises utilisent encore des groupes électrogènes
Le paradoxe énergétique est tout aussi criant. Malgré les réformes et l’arrivée de 420 MW supplémentaires avec Nachtigal, la réalité des entreprises demeure celle d’une énergie « rare, coûteuse et instable ».
Selon les données citées par le GECAM, 65 % des entreprises camerounaises recourent à un groupe électrogène.
Le coût de l’autoproduction est estimé entre 200 et 350 FCFA/kWh, contre 50 à 99 FCFA/kWh pour le tarif industriel : produire soi-même son électricité coûte donc de deux à sept fois plus cher.
Les routes deviennent un impôt invisible
Le budget 2026 prévoit 660,4 milliards de FCFA pour les grands projets routiers, avec près de 650 km de routes bitumées et plus de 1 300 mètres linéaires d’ouvrages d’art.
Mais plusieurs corridors économiques continuent de se dégrader. Les coûts de transport ont augmenté de 11,5 % en 2023, puis de 12,3 % en 2024.
Sur le corridor ferroviaire Douala-Ngaoundéré, les dysfonctionnements génèrent un surcoût logistique de 15 à 20 %.
Pour le GECAM, une route dégradée est donc un « impôt que nul n’a voté », finalement payé par l’entreprise et répercuté sur le consommateur.
2 500 modifications fiscales depuis 2002
Le Code général des impôts n’a connu aucune refonte structurelle depuis 2002, mais il a été modifié plus de 2 500 fois. La seule loi de finances 2026 a modifié 127 articles, contre 57 en 2025, auxquels s’ajoutent plus de 40 nouveaux frais et redevances relevant d’une quinzaine de ministères.
D’où cette phrase choc du patronat : « Le Code des impôts ne peut pas devenir un code de procédure pénale. » Pour le GECAM, la refonte du Code général des impôts est désormais une réforme prioritaire.
Le crédit se contracte et devient plus cher
Au premier trimestre 2026, les banques ont distribué 1 337 milliards de FCFA de nouveaux crédits, contre 1 887 milliards un an auparavant : près de 550 milliards de moins. Dans le même temps, le taux débiteur moyen est passé de 8,26 % à 9,03 %.
Le GECAM pointe un autre paradoxe : l’État est à la fois actionnaire de plusieurs banques, leur principal emprunteur et débiteur en retard de nombreuses entreprises. Le patronat demande notamment l’apurement des arriérés dus aux entreprises et un calendrier de désengagement progressif de l’État du secteur bancaire.
Import-substitution : le déficit commercial explose
Le Cameroun veut produire davantage localement. Pourtant, en 2025, le déficit commercial atteint 2 145 milliards de FCFA, contre 1 747 milliards en 2024.
Le taux de couverture des importations par les exportations tombe de 65,1 % à 59 %.
Dans le même temps, les importations de riz progressent de 37 702 tonnes et celles de poisson de 60 193 tonnes, alors même que les politiques d’import-substitution sont censées réduire la dépendance extérieure.

Le vrai problème : les annonces ou l’exécution ?
Pour le GECAM, le Cameroun ne manque pas de stratégies, de programmes ou de réformes. Il manque surtout de résultats mesurables.
Le patronat réclame désormais des indicateurs précis : kilomètres de routes réellement réhabilités, capacité électrique effectivement disponible, heures de délestage évitées, arriérés effectivement apurés, part de la commande publique attribuée aux entreprises nationales.
Car, au fond, le réquisitoire du GECAM tient en une équation : les recettes augmentent, l’investissement recule, le fonctionnement progresse et l’entreprise paie davantage pour un environnement qui ne s’améliore pas suffisamment.
La question posée par Célestin Tawamba est donc moins celle d’une nouvelle réforme que celle de son exécution effective. Pour le budget 2027, le patronat attend désormais des actes. Et non plus seulement des annonces.






