Cameroun : Quand le téléphone s’éteint

Jeunesse camerounaise : quand les réseaux sociaux donnent l’illusion du pouvoir

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Réseaux sociaux, colère virtuelle et désillusions : à la jeunesse camerounaise, Mohamed Rahim Noumeu adresse un avertissement sans détour. Dans un pays où l’engagement politique se déporte de plus en plus vers les écrans, le véritable pouvoir reste pourtant celui qui s’exerce dans la vie réelle.

Par Mohamed Rahim Noumeu, « Nyamoro », Président exécutif et fondateur du mouvement des Frankistes

Le pouvoir en un clic, un mirage dangereux

Il suffit désormais d’un smartphone, d’une connexion Internet et de quelques secondes pour donner l’impression de participer au destin politique d’un pays.

Un commentaire incendiaire, une vidéo virale, un mot d’ordre partagé des milliers de fois et, soudain, chacun peut se croire acteur d’un bouleversement historique.

Mais que reste-t-il de cette puissance lorsque l’écran devient noir ?

C’est toute la question que pose Mohamed Rahim Noumeu dans ce billet politique consacré à la jeunesse camerounaise. Pour lui, l’activisme numérique peut rapidement devenir une illusion de pouvoir, entretenue par des mécanismes qui transforment la colère, la polémique et l’indignation en audiences, en visibilité et parfois en revenus.

Le jeune internaute croit peser sur le cours des événements. En réalité, il peut n’être que l’un des rouages d’une gigantesque économie de l’attention.

Quand l’algorithme fabrique la colère

Les réseaux sociaux ne récompensent pas nécessairement la réflexion. Ils privilégient souvent ce qui choque, divise, provoque ou fait réagir.

Dans cet univers, la nuance est lente. La colère, elle, est instantanée.

Un discours politique mesuré mobilise difficilement autant qu’une accusation spectaculaire. Une analyse argumentée circule moins vite qu’une vidéo conçue pour provoquer l’indignation. Et le jeune qui partage, commente et relaie peut rapidement confondre engagement politique et agitation numérique.

Le danger, estime l’auteur, apparaît lorsque certains tribuns virtuels transforment cette frustration en instrument de mobilisation permanente, sans nécessairement assumer les conséquences concrètes de leurs appels.

La question mérite alors d’être posée : qui paie lorsque le militant virtuel franchit la ligne rouge ?

Les héros du clavier ne paient pas toujours la facture

C’est ici que le billet prend une tonalité particulièrement grave.

Mohamed Rahim Noumeu évoque notamment le cas de Jacques Bertrand Mang, présenté comme une illustration des conséquences possibles d’un engagement politique exprimé dans l’espace numérique. Au-delà de ce cas particulier, son interrogation porte surtout sur le lendemain des campagnes virtuelles.

Lorsque les hashtags disparaissent, lorsque les influenceurs passent à un autre sujet et lorsque les milliers de commentaires se taisent, que devient celui qui se retrouve confronté, seul, aux conséquences de ses actes ?

Où sont alors ceux qui l’applaudissaient hier ?

La foule numérique est éphémère. La justice, les responsabilités personnelles et les difficultés familiales, elles, ne le sont pas.

C’est cette solitude de l’après-buzz que l’auteur veut faire comprendre à une jeunesse souvent exposée à des discours politiques radicaux.

Critiquer le pouvoir, oui. Détruire l’État, non.

Le propos ne consiste pas à demander à la jeunesse de renoncer à la politique.

Au contraire.

La critique du pouvoir est indispensable dans une démocratie. Le débat public, la contradiction, la dénonciation des dysfonctionnements et la revendication citoyenne participent à la vitalité d’une République.

Mais critique et haine ne sont pas synonymes.

La contestation politique ne devrait pas dispenser de responsabilité. La liberté d’expression ne devrait pas être confondue avec le droit de franchir toutes les limites. Et l’indignation ne devrait jamais devenir une excuse pour abandonner tout discernement.

Un pays ne se réforme pas à coups d’insultes. Une République ne se consolide pas dans la haine.

Le vrai combat est ailleurs

Pour Mohamed Rahim Noumeu, le véritable défi lancé à la jeunesse camerounaise est donc de sortir de la politique spectacle pour retrouver la politique de terrain.

Le Cameroun ne se construira pas uniquement depuis un écran.

Il se construira dans les entreprises, les administrations, les universités, les ateliers, les exploitations agricoles, les quartiers, les communes et les villages. Il se construira par la création d’emplois, l’innovation, l’entrepreneuriat, la formation, l’engagement associatif et la participation citoyenne.

Le téléphone peut être un formidable outil d’émancipation. Mais il ne doit pas devenir une cage mentale.

Car derrière chaque écran se trouve une vie réelle. Derrière chaque publication, une responsabilité. Et derrière chaque appel à l’action, des conséquences que les « likes » ne peuvent ni effacer ni assumer à la place de celui qui agit.

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