Après les accusations d’un média international, la Société Nationale des Hydrocarbures ne démonte point par point la thèse d’un prétendu échec de la stratégie gazière camerounaise.
La bataille du gaz camerounais se joue désormais aussi sur le terrain de la communication. Après la publication d’un article du média français Africa Intelligence, qui présente le retrait du FLNG Hilli Episeyo comme la preuve d’un « déraillement » de la stratégie gazière nationale, la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) sort de son silence et oppose une riposte méthodique.
Pour l’entreprise publique, réduire toute la politique énergétique du Cameroun au départ d’une seule plateforme flottante relève d’une lecture partielle, voire biaisée, des réalités du secteur. Selon la SNH, loin d’être en crise, le pays est engagé dans une profonde mutation de son industrie gazière, avec des investissements majeurs, l’arrivée de nouveaux opérateurs internationaux et le lancement de projets structurants.

Le Cameroun ouvre un nouveau cycle gazier
La SNH rappelle qu’au cours des douze derniers mois, plusieurs avancées majeures ont redessiné le paysage énergétique national.
En tête figure le développement du champ gazier transfrontalier Yoyo-Yolanda, rendu possible grâce à l’accord d’utilisation signé entre le Cameroun et la Guinée équatoriale. Avec des réserves estimées à près de 2 500 milliards de pieds cubes et un investissement évalué à 4 milliards de dollars, ce projet, conduit par Chevron via sa filiale Noble Energy, constitue l’un des plus importants développements gaziers jamais engagés dans le pays.
Parallèlement, l’appel d’offres international lancé par la SNH sur neuf blocs d’exploration commence déjà à produire ses effets. Cinq blocs sont actuellement en négociation de contrats de partage de production, dont quatre attribués à l’américain Murphy et un à Octavia Energy.
Pour la SNH, l’arrivée successive de groupes internationaux de cette envergure traduit une réalité simple : le Cameroun demeure une destination crédible pour les investisseurs du secteur énergétique.
Le départ du Hilli Episeyo : une fin de cycle, pas une crise
La société nationale rejette catégoriquement l’idée selon laquelle le retrait du Hilli Episeyo constituerait un revers stratégique.
Selon elle, cette unité flottante de liquéfaction, exploitée depuis 2018, avait été conçue pour un cycle d’environ huit années d’exploitation. Le déclin progressif du gisement exploité relève donc du fonctionnement normal de toute industrie pétrolière et gazière.
La SNH estime ainsi qu’assimiler la fin de vie commerciale d’un équipement à l’échec d’une politique énergétique nationale constitue une interprétation dépourvue de fondement technique.
La vérité sur le redéploiement de la plateforme
Autre point contesté : l’idée selon laquelle le Cameroun aurait empêché le redéploiement du navire.
La SNH rappelle que le Hilli Episeyo appartient au groupe norvégien Golar LNG, lequel avait déjà conclu, depuis 2024, un accord commercial en vue de son redéploiement vers un autre projet international.
Elle souligne également qu’aucune décision sérieuse ne peut être prise sans certification indépendante des réserves exploitables ni étude complète de rentabilité. Exiger ces garanties relève, selon elle, d’une gestion responsable des ressources nationales et non d’un blocage administratif.
Le gaz continuera d’alimenter l’économie nationale
Contrairement aux inquiétudes évoquées sur une perte massive de recettes publiques, la SNH affirme que le gaz produit ne sera pas gaspillé.
Les volumes disponibles continueront d’approvisionner la centrale électrique de Kribi afin de soutenir la production nationale d’électricité. D’autres contrats de fourniture industrielle seraient également en cours de négociation.
La stratégie gouvernementale privilégie désormais une valorisation locale du gaz afin d’accroître la production électrique, soutenir l’industrialisation et réduire durablement le torchage.
Une stratégie tournée vers l’après-Hilli
Pour la SNH, le véritable enjeu dépasse largement le destin d’une seule plateforme flottante.
Entre le projet géant Yoyo-Yolanda, les nouveaux blocs attribués, l’arrivée de majors internationales et la diversification progressive des ressources, le Cameroun serait en train de construire un modèle énergétique beaucoup plus robuste que celui reposant sur un seul actif.
L’entreprise publique considère ainsi que les accusations d’échec stratégique ne résistent pas à l’analyse des faits.

Une bataille d’image autant qu’énergétique
Au-delà des chiffres, cette controverse révèle une autre réalité : la compétition autour des ressources gazières africaines se joue désormais aussi dans l’espace médiatique.
Face aux critiques, la SNH choisit donc de défendre publiquement sa vision, en revendiquant une transition énergétique planifiée, fondée sur la diversification des ressources, la sécurisation des investissements et la préservation des intérêts stratégiques du Cameroun.
Pour l’entreprise, le retrait du Hilli Episeyo ne marque pas la fin d’une ambition. Il constitue simplement le passage d’un cycle industriel à un autre, dans une stratégie appelée à s’inscrire sur le long terme.





