À Douala, artistes et hommes de médias descendent sur le terrain pour répondre aux discours de haine par un match de football placé sous le signe du vivre-ensemble.

Quand le football répond aux marchands de la division
Dans un Cameroun où le débat public est de plus en plus pollué par les accusations de tribalisme, certains ont choisi de répondre autrement. Ni par les discours politiques, ni par les polémiques sur les réseaux sociaux. Mais par un ballon rond.
À Douala, le Jojo Sport Center a servi de cadre à un événement aussi symbolique qu’engagé : un match de gala opposant les artistes aux hommes de médias, sous le thème évocateur « Stop au tribalisme 237 ». Plus qu’une simple rencontre sportive, il s’agissait d’un plaidoyer citoyen en faveur de l’unité nationale.
Dans les tribunes comme sur la pelouse, le message était clair : le Cameroun ne gagnera jamais le match de son développement s’il continue à jouer contre lui-même.

Artistes contre journalistes… mais tous dans la même équipe
L’affiche pouvait laisser croire à une rivalité. En réalité, elle cachait une démonstration d’unité.
Artistes, journalistes, animateurs, producteurs culturels et acteurs du divertissement ont choisi de partager le même terrain pour démontrer que les différences d’origine, de langue ou d’appartenance ethnique ne doivent jamais l’emporter sur l’identité nationale.
Le football, sport fédérateur par excellence, est devenu le langage d’un message plus profond : le Cameroun est une seule équipe.
Cette rencontre, organisée dans une ambiance festive, a mêlé football, animation, spectacle, sensibilisation et convivialité, avec un objectif unique : rappeler que le vivre-ensemble se construit par les actes.

Patrick Bilong : « Nous sommes d’abord Camerounais »
À l’origine de cette initiative, Patrick Bilong, responsable du Jojo Sport Center, explique que l’idée est née d’une réflexion entre amis à l’occasion de la Fête de la musique.
Face à la montée des discours de division, ils ont estimé qu’il était temps que la société civile apporte sa propre réponse.
« Avec quelques amis, nous nous sommes dit qu’il fallait faire quelque chose à notre niveau pour combattre le tribalisme. Le but est de rassembler les frères parce que nous sommes tous Camerounais. Contrairement à ce qui se dit sur les réseaux sociaux, il est important de manifester notre fierté nationale. »
Pour lui, chaque citoyen possède une part de responsabilité dans la préservation de la cohésion nationale.

Olivier Dyl : « Ce sont les discours qui divisent »
Olivier Dyl refuse que le Cameroun soit réduit à une mosaïque de communautés incapables de vivre ensemble.
Selon lui, les fractures sont souvent entretenues par certains discours politiques ou médiatiques.
« Ce n’est pas une personne particulière qui est à l’origine de cette initiative. C’est nous tous. Il n’y a pas de tribalisme au Cameroun. Ce sont certains hommes politiques et certains lanceurs d’alerte qui enveniment la situation. »
L’artiste rappelle également que le football demeure l’un des rares espaces où les Camerounais oublient leurs différences pour soutenir un même drapeau.
La Culture au soutien du vivre-ensemble
Présent à cette rencontre, Isac Kwin, délégué départemental de la Culture, a salué une initiative en parfaite cohérence avec les politiques publiques de promotion de la cohésion sociale.
Selon lui, la diversité culturelle du Cameroun constitue une richesse exceptionnelle qu’il faut protéger.
« Le Cameroun est riche de sa diversité, de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud. Cette diversité doit être célébrée. Nous devons combattre le tribalisme et promouvoir le vivre-ensemble. »
Dans un contexte où chaque débat politique semble désormais se transformer en affrontement identitaire, cette rencontre envoie un message que beaucoup devraient méditer. Pendant que certains opposent les Camerounais selon leurs origines, des artistes et des journalistes ont choisi de les réunir autour d’un ballon.
Le contraste est saisissant.
Ce n’est certes qu’un match de football. Mais parfois, quatre-vingt-dix minutes de fraternité valent davantage que des centaines de discours officiels. Car le véritable adversaire n’était ni l’équipe des artistes, ni celle des hommes de médias. Le seul adversaire de cette rencontre portait un nom : le tribalisme. Et ce jour-là, au Jojo Sport Center, il a reçu un carton rouge.




