Cameroun : Les chiffres accablants du rapport sur les droits humains

Cameroun : les chiffres accablants sur les droits humains

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Élections contestées, détentions massives, crise anglophone et lutte contre la torture : à l’occasion de l’examen du Cameroun par le Comité des droits de l’homme des Nations unies, une coalition de la société civile met en lumière de graves préoccupations et réclame des enquêtes indépendantes, des garanties judiciaires et des réformes structurelles.

3 310 dossiers de détention, 2 782 personnes encore détenues

Le bilan chiffré présenté dans le rapport alternatif conjoint de la société civile camerounaise interpelle. Selon le document, un registre indépendant arrêté au 14 avril 2026 recensait 3 310 dossiers, dont 2 782 personnes encore détenues. Par ailleurs, des listes constituées par des avocats font état de 312 arrestations recensées à partir du 26 octobre 2025, dans le contexte électoral.

Le rapport mentionne également 540 cas de violations liés au processus électoral, documentés par le consortium coordonné par le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (REDHAC).

Sur le nombre de morts lors des manifestations postélectorales, les chiffres divergent fortement : 16 décès selon le gouvernement, contre 48 selon des sources des Nations unies. D’autres organisations ont avancé des chiffres plus élevés. Cette divergence souligne l’urgence d’établir un bilan vérifiable et de faire la lumière sur les responsabilités éventuelles.

Pour la coalition, la transparence sur les arrestations, les poursuites, les lieux de détention et l’état des procédures judiciaires constitue un enjeu majeur de protection des libertés fondamentales.

Crise anglophone : 136 incidents et 278 victimes directes

Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le rapport recense 136 incidents documentés en 2025 et au minimum 278 victimes directes. La coalition demande l’adoption d’un plan assorti d’indicateurs publics pour protéger les civils, enquêter sur les violations imputées aux forces étatiques comme aux groupes armés et garantir des recours aux victimes.

Autre chiffre préoccupant : 1 339 détenus sont classés dans la catégorie « crise anglophone », dont 1 298 en situation de pré-procès. Le document soulève ainsi la question des garanties judiciaires et de la durée des détentions avant jugement.

La situation des personnes vulnérables est également mise en avant : deux nourrissons étaient maintenus à la prison centrale de Bamenda au 20 septembre 2026, selon la synthèse. La coalition demande des éclaircissements sur leur protection, celle de leurs mères et les conditions de détention.

Torture, justice et libertés publiques dans le viseur

Le rapport fait état d’environ 256 plaintes déposées depuis 2017 contre des agents pour torture ou usage excessif de la force, presque toutes sans procès, selon les données présentées.

La coalition réclame des enquêtes indépendantes, impartiales et rapides sur les décès, blessures graves, disparitions et allégations de mauvais traitements liés aux manifestations postélectorales de 2025. Elle préconise également un accès effectif des avocats, des familles et des médecins aux personnes privées de liberté, ainsi que la prévention du recours abusif à la garde à vue administrative et aux juridictions militaires contre des civils.

Les libertés d’association, de réunion et de la presse figurent aussi parmi les préoccupations soulevées. Le document interroge notamment les bases légales et les voies de recours face aux suspensions, scellés, poursuites, menaces et intrusions visant les journalistes, les observateurs, les défenseurs des droits humains et les organisations de la société civile.

Huit réformes prioritaires exigées de l’État

Au-delà du constat, le rapport formule huit recommandations prioritaires. La coalition demande notamment la publication de données nominatives vérifiables sur les personnes arrêtées, l’ouverture d’enquêtes sur les violences postélectorales, la protection des civils dans les régions anglophones et l’adoption d’une législation complète sur les violences fondées sur le genre.

Elle plaide également pour une réforme de la Commission des droits de l’homme du Cameroun afin de renforcer son indépendance, son pluralisme et son efficacité. Autre exigence majeure : la création d’un mécanisme national de prévention de la torture distinct de cette Commission.

Le rapport soulève enfin la question des garanties constitutionnelles applicables en cas de vacance ou d’empêchement à la présidence de la République.

L’épreuve des Nations unies

Soumis le 21 septembre 2026 par une coalition de la société civile camerounaise, avec l’appui technique du CEFODEP et de Futur Afrique, ce rapport alternatif doit alimenter l’examen du Cameroun par le Comité des droits de l’homme des Nations unies lors de sa 146e session, du 19 octobre au 6 novembre 2026.

L’enjeu dépasse la présentation de statistiques : il s’agit d’obtenir des réponses vérifiables sur les violations alléguées, les enquêtes engagées, les responsabilités éventuelles et les réparations accordées aux victimes. Pour les organisations signataires, la crédibilité de l’engagement de l’État en faveur des droits humains se mesurera à la transparence des réponses et à l’effectivité des mesures prises.

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