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Le rapport gouvernemental français sur la guerre menée contre l’UPC au Cameroun – une guerre coloniale qui a coûté la vie à 400 000 personnes et à des figures de proue comme Ruben Um Nyobé et Félix Moumié – débouche aujourd’hui sur une conclusion pour le moins cynique : organiser « les funérailles de la mémoire » avec un budget de 5,2 millions d’euros. Par Jean-Pierre Bekolo.
Loin d’un véritable travail de justice et de réparation, cette somme servira à financer… des jeux vidéo, des ateliers cuisine de la résistance, des bandes dessinées, une comédie musicale et même un concours de coiffure mémorielle. Une mise en scène grotesque où les artistes sont enrôlés pour transformer une tragédie nationale en spectacle culturel inoffensif.

Il ne s’agit pas d’un simple malentendu. L’histoire nous a déjà montré comment l’art peut être instrumentalisé pour neutraliser les forces contestataires. Au Cameroun, le combat anticolonialiste de l’UPC, porté par des milliers de patriotes prêts à sacrifier leur vie, risque d’être relégué au rang d’événement folklorique, vidé de sa portée révolutionnaire.
Hier, on assassinait physiquement les leaders nationalistes. Aujourd’hui, on les tue symboliquement en noyant leur mémoire dans l’industrie du divertissement. L’objectif est clair : détourner les nouvelles générations de l’héritage de lutte en leur proposant une version édulcorée de l’histoire, consommable et sans danger pour les intérêts dominants.
Certains artistes seront ainsi mobilisés pour enterrer définitivement l’idée d’un nationalisme camerounais puissant et souverain. Mais ceux qui se prêtent à ce jeu ne peuvent pas plaider l’ignorance : dans d’autres contextes, de telles compromissions seraient qualifiées de haute trahison.





