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Entre 1990 et 1992, les faits se sont déroulés différemment de la légende qui va être racontée à partir de 1993. Février 1990, Yondo Black et ses amis (Albert Mukong, Anicet Ekane, Henriette Ekwe, etc…) sont arrêtés pour avoir voulu créer un parti politique. Les avocats du Cameroun se mobilisent pour libérer leur ancien bâtonnier. Une campagne nationale et internationale est lancée pour exiger la libération de Yondo et celle de tous les nombreux prisonniers politiques qui croupissaient alors dans les geôles de la police politique.

Sous pression, Biya déclare que Yondo Black n’a pas été arrêté parce qu’il voulait créer un parti politique, insinuant ainsi qu’il n’est pas illégal d’en créer un.
Le 26 mars 1990, Le SDF s’engouffre dans la brèche ouverte par Biya lui-même et dépose son dossier de légalisation auprès du gouverneur du Nord-Ouest et annonce le lancement de ses activités deux mois après. Ceci qui correspond au délai légal qu’a toute administration pour rejeter la demande, sinon elle sera réputée acceptée. Les signataires de la demande de légalisation sont John Fru Ndi et le Pr Siga Asanga.
Embarrassée, l’administration se terre dans le silence. Le 26 Mai 1990, le sdf lance ses activités avec une manifestation publique que les autorités interdisent dans la violence. Bilan: 6 morts. John Fru Ndi et le sdf entre dans l’histoire. Le multipartisme est de retour dans les faits au Cameroun.
La pression montre contre le régime. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour demander la libération des prisonniers politiques, la légalisation des partis politiques, la libéralisation des média, bref… Plus de liberté et de démocratie.
Août 1990. Biya libère par décret 3 des prisonniers les plus célèbres : Yondo Black, Anicet Ekane et Djeukam Tchameni.
Yondo Black crée son parti politique le MNSD et devient l’homme politique le plus en vue. Sa popularité supplante celle de Fru Ndi qui est à l’époque perçu plus comme un leader régional. Certains voient déjà en Yondo le prochain président du Cameroun.
Novembre 1990. Avec les autres anciens prisonniers politiques, Maître Yondo Black organise dans le siège de son parti les prémisses de ce qui deviendra plus tard la Coordination des partis et associations.
Décembre 1990, Biya n’arrive plus à supporter la pression. Il demande à l’assemblée nationale à 100% rdpc de passer les fameuses lois instaurant le multipartisme, la liberté d’association et de manifestation, ainsi que la libéralisation de la presse.
Des janvier 1991, de nombreux partis et associations sont légalisés. Les organisations les plus en vue sont bien sûr le SDF de Fru Ndi, le Mnsd de Yondo mais aussi quelques nouveaux venus: l’Undp dirigé à l’époque par Eboua, l’UDC de Ndam Njoya, l’upc de Kodock, l’ufdc de Hamani Bialeu et Cap Liberté de Djeukam Tchameni, l’OCDH de Me Tchougang. La plupart se regroupent au sein de la Coordination et réclament la Conférence Nationale Souveraine.
Avril 1991, Mboua Massok lance l’idée des villes mortes. La Coordination adopte un mois plus tard cette méthode de lutte pour forcer Biya à convoquer les assises.
Biya résiste mais finit quand même par lâcher du lest. En septembre 1991, il organise la Tripartite qui accouche entre autres de la décentralisation et d’un nouveau code électoral.
Ceux des partis qui ne sont pas satisfait des résultats de la Tripartite se regroupent au sein d’une autre coordination L’ARC-CNS et continuent de réclamer la conférence nationale souveraine.
Mars 1992 L’ARC-CNS boycotte les premières élections législatives post 1990. Le rdpc est battu. Il ne récolte que 88 des 180 députés. L’Undp désormais dirigé par Bello bouba profitant de l’absence des partis membres de L’ARC-CNS obtient 66 députés. L’opposition dans son ensemble à 92 députés. Mais Dakole du MDR rejoint le rdpc et lui donne la majorité.
L’ARC-CNS ne se laisse pas distraire. Elle sait que c’est le président et non l’assemblée nationale qui a le pouvoir de convoquer la conférence nationale. Par conséquent, elle se met à préparer l’élection présidentielle prévue pour octobre 1992.
Pour gagner cette élection, L’ARC-CNS construit d’abord un programme politique consensuel. Ce programme propose au peuple camerounais qu’une fois élu, son candidat convoquera immédiatement la Conférence nationale souveraine pour laquelle 400 personnes ont été tuées dans le cadre des villes mortes. Après la conférence nationale, un gouvernement de transition sera constitué et aura 2 à 3 ans pour mettre en œuvre les réformes prescrites par la conférence nationale. Après 3 ans, le président de transition et son gouvernement organiseront des élections générales mais n’auront pas le droit de s’y présenter.
Ce programme de transition permet de construire une méga coalition dénommée Union pour le Changement qui présentera un candidat présidentiel.
Reste à savoir qui sera ce candidat. La coalition penche pour une personnalité de la société civile. Le consensus se fait autour du Cardinal Tumi. Celui-ci décline l’offre. Après moult discussions, l’union pour le changement choisi John Fru Ndi comme son candidat, pour être président de transition pendant 2 à 3 ans.




