Scanners du Port de Douala : l’État du Cameroun pris au piège de ses propres contradictions

Port de Douala : quand l’État camerounais se contredit sur un contrat stratégique

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Un État désavoué par sa propre mécanique décisionnelle

L’affaire de l’opérateur chargé du scanning des marchandises au Port de Douala-Bonabéri a cessé d’être un simple contentieux administratif. Elle met aujourd’hui à nu les incohérences de l’action publique camerounaise, les conflits de tutelles et les failles de coordination au sommet de l’État.

La décision rendue à l’issue de la réunion présidée par le Premier Ministre le 29 janvier 2026, loin de clore le débat, illustre au contraire un malaise profond : celui d’un État qui peine à parler d’une seule voix sur un dossier pourtant stratégique pour la sécurité nationale et les finances publiques.

Scanning portuaire : une mission régalienne mal assumée

Dans toutes les grandes places portuaires du monde, le scanning des marchandises relève d’un impératif régalien : protéger le territoire tout en sécurisant les recettes douanières. Le port n’est pas un simple espace commercial ; il est une frontière.

À ce titre, l’autorité portuaire ne peut être reléguée au rang de spectateur dans une activité aussi sensible. Toute tentative de l’écarter revient à fragiliser la chaîne sécuritaire nationale.

Le Port Autonome de Douala face aux hésitations de l’État

Le cadre juridique camerounais est pourtant limpide. Le Décret du 24 janvier 2019 confère explicitement au Port Autonome de Douala des missions de sécurisation du domaine portuaire, lesquelles s’inscrivent dans la protection globale du territoire.

En s’impliquant dans le dossier du scanning, le Directeur Général du PAD n’a fait qu’exercer une prérogative statutaire. Le paradoxe réside ailleurs : dans l’incapacité de l’État à assumer clairement cette répartition des rôles.

Quand l’État mélange fiscalité et sécurité

Le Ministère des Finances est légitime à intervenir pour optimiser la collecte des recettes douanières. Mais vouloir contrôler seul une activité où la sécurité nationale est directement engagée révèle une confusion des responsabilités.

La gestion du scanning des marchandises exige une gouvernance partagée. En persistant à vouloir agir en silo, l’État crée lui-même les tensions qu’il prétend ensuite arbitrer.

Un contrat qui expose les failles de la gouvernance publique

Le cœur du malaise se trouve dans le contrat signé en 2015 avec la Société Générale de Surveillance (SGS). Présenter aujourd’hui ce contrat comme toujours en vigueur jusqu’en 2032, au motif que sa durée ne commencerait à courir qu’après l’installation tardive des scanners, revient à institutionnaliser l’inefficacité.

Comment un État peut-il admettre qu’un prestataire consomme sept années pour satisfaire une obligation fondamentale, sans sanction ni révision contractuelle formelle ?

La complaisance contractuelle comme politique publique ?

Aucune clause connue n’a formellement acté une telle prorogation. En l’absence de fondement juridique clair, l’interprétation avancée par certaines autorités fragilise la crédibilité contractuelle de l’État du Cameroun et expose ses institutions à des contestations légitimes.

Ce flou contractuel est moins une erreur qu’un symptôme : celui d’une gouvernance publique incapable d’imposer la rigueur à ses propres partenaires.

Le PAD accusé à tort, l’État face à ses responsabilités

Contrairement aux accusations relayées, le Port Autonome de Douala n’a ni résilié ni dénoncé un contrat de l’État. Il a constaté une échéance contractuelle et agi sur la base d’instructions venues du sommet de l’État.

La tentative de faire porter au PAD la responsabilité d’un dysfonctionnement global relève d’une stratégie de déplacement de responsabilité, peu conforme à l’éthique républicaine.

Une décision gouvernementale politiquement fragile

La décision du Premier Ministre, rendue dans un climat de forte pression institutionnelle, apparaît aujourd’hui politiquement et juridiquement fragile. Elle ne règle ni la question de fond du contrat, ni celle de la gouvernance du scanning, encore moins les impératifs de sécurité.

La vraie question demeure : l’État du Cameroun est-il prêt à assumer ses contradictions, ou continuera-t-il à les masquer sous des arbitrages conjoncturels ?

Un révélateur de la crise de l’État stratège

Au-delà du Port de Douala, ce dossier révèle une crise plus profonde : celle d’un État stratège en difficulté, hésitant entre centralisation excessive et dilution des responsabilités, au risque de compromettre ses propres objectifs de sécurité et de performance économique.

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