Cameroun : Vaincre la politique de l’inimitié pour remporter les présidentielles de 2025

Contrairement à l’acception populaire, la politique n’est pas une relation d’inimitié. La politique consacre l’expression des opinions divergentes. Comme dans chaque famille, la divergence d’opinion entre les enfants ne devrait pas engendrer l’inimitié.

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Dans son ouvrage intitulé « Politique de l’inimitié », Achille Mbembe analyse la politique contemporaine orientée vers la globalisation de la relation d’inimitié, la militarisation des conflits et la multiplication des frontières. Ces frontières sont des clivages. La politique est devenue trop clivante. Il s’agit du populisme qui se manifeste principalement par l’accentuation des antagonismes sociaux et la catégorisation hégémonique. La volonté d’écraser les autres et non la volonté de rassembler. Le discours politique se limite de nos jours à donner de bons points à NOUS et de mauvais points à EUX. C’est le NOUS contre le EUX.  Le EUX représente une menace pour le NOUS. La politique contemporaine consiste à vouloir neutraliser le EUX. Le postulat est que la communauté du NOUS sera en paix et en harmonie après l’exclusion du EUX. Or, c’est une illusion. La politique contemporaine se fait sur l’axe Amour-Haine : l’Amour pour NOUS et la Haine pour EUX. Je me propose de prendre quelques faits saillants dans la politique camerounaise pour illustrer cette dérive démocratique et tirer une perspective logique pour les élections présidentielles de 2025 au Cameroun.

« Ce sont des collabos »                                          Quelques fois, je me demande si je me porterai candidat moi-même à une élection au Cameroun. J’ai peur de devoir abandonner ma science pour m’accoutumer du populisme. J’ai peur de devoir dire essentiellement ce que les gens veulent entendre. J’ai peur de devoir corrompre les consciences pour que l’on m’accorde de l’attention. J’ai peur de devoir m’accoutumer de l’inversion des valeurs. Jusqu’ici, la politique a consisté à entretenir une relation d’inimitié entre l’opposition et le pouvoir. On parle de « collabos » au Cameroun en référence à l’opposant qui entretiendrait une « relation incestueuse » avec le pouvoir. Qu’est-ce qu’une relation incestueuse au Cameroun ? Il s’agit simplement de la collaboration avec les autorités publiques dans le cadre d’un projet. Pour mieux comprendre, introduisons un autre terme, « proposants », qui permet de désigner péjorativement ceux des partis politiques qui portent un projet alternatif pour le pays. Sur l’axe Amour-Haine, il n’y a pas de « propositions » à faire ; il faut « s’opposer », full stop. C’est quoi « s’opposer » ? Il faut montrer que l’on est celui ou celle qui déteste le plus les autorités en place. S’opposer à la camerounaise signifie dévaloriser l’adversaire politique et se valoriser soi-même. Les mécanismes sont : dénoncer en permanence, se défouler, injurier, calomnier, se victimiser, etc. Il faut en fait « aboyer ». Question : Depuis les années 1990 que l’on aboie, est-ce que la caravane s’est arrêtée de passer ? Cela a-t-il suffit à faire tomber le Président Paul Biya ? La réponse est NON. Pourquoi ? Parce que Paul Biya se la joue parfaitement bien. Des cabinets noirs sont aujourd’hui à l’œuvre pour instiguer la division et renforcer les clivages. Le niveau de clivage est telle qu’une seule fraction ne peut prendre le pouvoir à elle-seule. Le but de la communication des adversaires du changement est d’œuvrer pour que les fractions ne s’entendent jamais. Les Camerounais vivent des cloisons qui sont en fait des horizons fermés que l’on leur assigne. Rares sont ceux qui savent qu’il existe une vie au-delà de l’horizon. Le régime fabrique des micro-revendications communautaires, qui permettent en fait à un citoyen cloisonné de manger sa part en regardant ce qu’il y a dans le plat de l’autre. Et comme on ne partage pas équitablement les ressources du pays, alors ça jacasse !

Au Cameroun, le régime a réussi à confiner les leaders et partis politiques dans des cloisons communautaires : on parle de partis des bamilékés, des anglophones, des nordistes, des bassas, etc. On parle de façon plus générale de « partis du village ». Dans cette configuration, seul le parti au pouvoir, le RDPC, est national et mérite par conséquent de conserver le pouvoir. Si vous réussissez à vous élever au-dessus des clivages, alors on vous colle l’image de « collabos » pour vous empêcher à parler à tout le monde. Dans cette logique, les gens ne doivent pas se parler au-delà de leur cercle identitaire et les gens ne doivent pas aller n’importe où et surtout pas au-delà de l’horizon défini qui leur a été attribué. Pour faire simple, il s’agit de l’intolérance politique qu’il faut vaincre pour remporter les élections présidentielles à venir.

La politique est une affaire d’opinion                   Contrairement à l’acception populaire, la politique n’est pas une relation d’inimitié. La politique consacre l’expression des opinions divergentes. Comme dans chaque famille, la divergence d’opinion entre les enfants ne devrait pas engendrer l’inimitié. Les gens qui partagent des opinions différentes peuvent bel et bien « prendre un pot » ensemble sans que cela ne soit synonyme de compromission ou de trahison. Lorsque

hair.

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