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Par David abouem a tchoyi, ancien gouverneur du nord-ouest et du sud-ouest
1- La critique de l’Etat centralisé.
2- Le transfert des centres de décision de Yaoundé, loin des populations et de leurs problèmes.
3- Le non-respect des engagements relatifs à la prise en compte, de manière équitable, des cultures et traditions institutionnelles, juridiques, administratives…héritées des anciennes puissances administrantes.
4- Le non-respect des promesses solennelles faites pendant la campagne référendaire.
5- Le changement du nom de l’Etat : remplacement de « la République Unie du Cameroun » par « la République du Cameroun ».
6- Le non-respect du bilinguisme dans le secteur public, bien que la Constitution fasse du français et de l’anglais deux langues officielles d’égale valeur.
Je vais passer en revue, de manière cursive, ces différentes facettes.
1) Critique de l’Etat centralisé
Pour avoir été dépouillées des importantes compétences qu’exerçait, en toute autonomie, l’Etat du Cameroun occidental, nombre de compatriotes de cette partie du territoire ont développé un profond sentiment de nostalgie, de malaise, de frustration et d’inconfort. Ce sentiment s’est accentué au fil des années qui ont suivi l’avènement de l’Etat Unitaire. Ce n’est point la simple nostalgie d’une époque de rêve plus ou moins révolue. C’est la comparaison entre la qualité de la gouvernance publique pratiquée depuis 1972 et celle qui fut en honneur dans l’Etat fédéré du Cameroun occidental qui conduit, systématiquement, un grand nombre d’acteurs à pourfendre la première et à regretter la deuxième, dont plusieurs souhaitent le rétablissement. Ce sentiment est réel même chez ceux qui n’ont pas connu le self-government du Cameroun occidental en tant qu’Etat fédéré.
On peut gloser à l’infini sur les conclusions de la Conférence de Foumban de juillet 1961. Il est juste de reconnaître qu’elle a accordé des pouvoirs très importants aux Etats fédérés, sur une liste de matières tout aussi importantes qu’ils étaient appelés à gérer en toute autonomie.
Les Etats fédérés disposaient de compétences larges et exclusives sur des matières importantes telles que l’Intérieur, l’Administration Pénitentiaire, la Décentralisation, le Développement rural et communautaire, l’Agriculture, l’Elevage, les pêches, les Travaux Publics, les Coopératives, l’Enseignement primaire et maternel, l’Energie et l’eau, les domaines et le Cadastre, la Gestion de ressources naturelles, les finances fédérées, etc. Chaque Etat fédéré disposait de sa fonction publique qu’elle gérait souverainement. Celle du Cameroun Occidental était gérée avec l’aide de la « Public Service Commission », sorte de Conseil supérieur de la fonction publique, chargée de veiller à l’objectivité des nominations et promotions ainsi qu’au respect des principes déontologiques dans la gestion des carrières.
La gestion des ressources naturelles par les futurs Etats fédérés était d’une sensibilité particulière en juillet 1961. Dans des entretiens séparés, J.N. Foncha, S.T. Muna et A.N. Jua m’ont affirmé qu’elle avait fait l’objet d’âpres discussions avec la délégation de la République du Cameroun à Foumban, puis en aparté avec le président Ahidjo. Ils ne voulaient pas que d’éventuels accords précédemment signés avec la France puissent s’appliquer à l’Etat fédéré du Cameroun occidental. Selon eux, c’est également dans la perspective du partage des revenus provenant de l’exploitation de certaines ressources naturelles (mines et hydrocarbures notamment) qu’ils ont exigé et obtenu que le chiffre de la population de chaque Etat fédéré soit clairement mentionné dans le texte de la Constitution fédérale du 1er Septembre 1961.

Le Cameroun a été considéré comme une curiosité sur le plan constitutionnel, avec un régime présidentiel fort et sans contrepoids au niveau fédéral, mais un régime parlementaire classique au niveau des Etats fédérés.
Au Cameroun oriental, le parlementarisme classique n’a pas pu fonctionner malgré les dispositions de la Constitution de cet Etat, à cause de l’unification des partis politiques et du fait que le président Ahidjo a continué d’ exercer une influence quotidienne sur la gestion des affaires publiques dans cette partie du territoire qu’il dirigeait déjà comme président de la République avant la Réunification. On se rappelle la lettre de démission d’un ancien Premier Ministre du Cameroun Oriental, Vincent de Paul Ahanda, dans laquelle il laissait entendre que le président Ahidjo ne le laissait pas assumer ses responsabilités.
Mais au Cameroun Occidental, la démocratie parlementaire s’exerçait pleinement, dans le respect de la Constitution de cet Etat. Les élections étaient organisées par une commission électorale indépendante créée par une loi fédérale de novembre 1961, la toute première dans un pays ayant le français en partage.




