Cameroun – Politique :  Kamto n’est pas mort !

Maurice Kamto : démissionner, ce n’est pas disparaître

0
88
Au Cameroun, démissionner est souvent perçu comme mourir politiquement

Comme Anicet Ekane, Maurice Kamto pourrait bien transformer son retrait en nouvelle force politique. Depuis quelques jours, une question agite une partie de l’opinion camerounaise : quel avenir politique pour Maurice Kamto après sa démission ? Que devient son influence ? Quelle sera désormais sa place dans le leadership du MRC et dans l’espace politique camerounais ?

Par Charles Cacharel Ngah Nforgang , Membre du bureau politique du Manidem

Pour ceux qui doutent de son avenir, l’histoire politique camerounaise offre pourtant un précédent intéressant : Anicet Ekane.

L’exemple Anicet Ekane

En 2009, Anicet Ekane, cofondateur et président du MANIDEM, démissionne de la direction du parti à l’issue d’une réunion statutaire du Comité national de coordination (CNC). Il choisit alors de devenir un simple militant de base.

Cette décision n’a pourtant pas effacé influence.

Anicet Ekane est demeuré l’un des militants du MANIDEM les plus connus, régulièrement sollicité par les autres forces politiques et particulièrement présent dans les médias. Son retrait de la direction n’avait donc pas signifié son retrait de la vie politique.

La preuve : en 2011, alors qu’Abanda Pkama dirigeait le parti, les militants du MANIDEM choisissent Anicet Ekane, pourtant simple militant de base, comme candidat à l’élection présidentielle. Sa notoriété n’avait pas disparu. Elle avait survécu à son départ de la direction.

Kamto peut-il connaître le même destin ?

C’est précisément pourquoi Maurice Kamto pourrait aujourd’hui se trouver sur une trajectoire comparable.

Quitter une fonction ne signifie pas nécessairement quitter la politique. Une démission peut mettre fin à un mandat, sans mettre fin à une influence, à une audience ou à une capacité de mobilisation.

L’avenir dira si l’histoire donnera raison à cette lecture. Mais rien ne permet, à ce stade, de considérer que Maurice Kamto serait politiquement condamné par sa démission.

Au Cameroun, démissionner est souvent perçu comme mourir politiquement

Les inquiétudes d’une partie des Camerounais sont néanmoins compréhensibles.

Dans notre pays, la démission et la retraite politique sont encore trop souvent assimilées à une forme de mort politique. Le pouvoir et le leadership sont fréquemment pensés dans la durée, voire dans la permanence.

Nous avons ainsi vu des jeunes de 20 ans appeler à la candidature, six ans plus tard, d’un dirigeant âgé de 93 ans.

Nous avons également vu certains partis politiques se transformer progressivement en véritables propriétés personnelles de leurs fondateurs, parfois perçues comme des biens susceptibles d’être transmis aux descendants ou aux conjoints.

Dans un tel environnement, il n’est donc pas surprenant que certains annoncent déjà la « mort politique » de Maurice Kamto.

Une démission n’efface pas une popularité

Mais l’histoire politique mérite d’être regardée avec davantage de recul. Maurice Kamto n’est pas nécessairement en train de disparaître. Comme l’a montré l’expérience d’Anicet Ekane, on peut quitter la direction d’un parti sans quitter les consciences, les médias, les débats et la scène politique.

Une démission peut être la fin d’un mandat. Elle n’est pas forcément la fin d’un parcours.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici