Ce 10 Aout, le Bilan à mi-parcours du budget 2026 de la mairie de Douala troisième a été présenté. : La commune dirigée par Valentin Epoupa Bossambo collectionne les distinctions, mais peine encore à remplir ses caisses
Les trophées s’accumulent, mais les caisses restent sous pression. À mi-parcours de l’exercice budgétaire 2026, la commune d’arrondissement de Douala 3e affiche un paradoxe qui résume à lui seul les limites de la décentralisation financière au Cameroun : une collectivité distinguée pour ses performances, mais confrontée à une trésorerie qui ne lui permet pas encore de transformer toutes ses ambitions en investissements.

Face au préfet du Wouri, représentant de l’État, aux conseillers municipaux et aux chefs traditionnels, le président du conseil municipal, Valentin Epoupa Bossambo, a présenté ce lundi 10 août l’état d’exécution du budget 2026. Un exercice de transparence qui révèle surtout l’écart entre les prévisions et les ressources effectivement disponibles.
6,2 milliards sur le papier, 33,9 % dans les caisses
Le chiffre est implacable. Sur les 6,2 milliards de FCFA prévus au budget 2026, la commune n’a recouvré au premier semestre que 1,478 milliard de FCFA de recettes fiscales. À cela s’ajoutent 253,449 millions de FCFA de subventions de l’État destinées à accompagner l’exercice des compétences transférées.
La commune affiche ainsi 44,5 % d’émissions, mais seulement 33,9 % de recettes effectivement encaissées.

Pour l’exécutif municipal, cette contre-performance financière ne s’explique pas uniquement par le recouvrement fiscal. Valentin Epoupa Bossambo dénonce notamment les retards dans les reversements de l’IGS, les erreurs dans la notification des autorisations de dépense et une dotation générale de fonctionnement qui ne respecterait ni les règles prévues ni son rythme trimestriel.
Conséquence directe : les arbitrages deviennent inévitables.
« Nous avons privilégié le paiement des salaires et certaines dépenses courantes, au détriment de l’investissement », a reconnu le maire.
Autrement dit, lorsque les recettes n’arrivent pas au rythme prévu, l’investissement devient la variable d’ajustement.

L’IGS progresse, mais la trésorerie reste fragile
Tout n’est cependant pas négatif. La commune enregistre une progression des émissions de l’Impôt général synthétique (IGS), dont le niveau au premier semestre dépasse déjà celui enregistré en 2024.
L’exécutif municipal compte également sur l’ouverture prochaine d’un second centre de fiscalité locale des particuliers pour élargir l’assiette et améliorer le rendement des recettes.
Sur le terrain, l’exécution budgétaire s’articule autour de quatre programmes.
Le programme consacré aux services sociaux de base affiche 193,3 millions de FCFA, soit un taux d’exécution de 25,7 %. Le développement économique et la protection de l’environnement mobilisent 504,7 millions, pour 30,9 %. La citoyenneté, la culture, le sport et la jeunesse représentent 70,3 millions, soit 31,9 %. Enfin, la gouvernance et l’administration locale concentrent 1,063 milliard de FCFA, avec un taux d’exécution de 29,6 %.
Les trois premiers programmes portent au total 35 projets issus des compétences transférées dans le cadre de la décentralisation.
Le problème reste donc moins celui de l’existence des projets que celui de leur financement effectif.
Des distinctions qui font oublier la réalité des caisses ?
C’est ici que le bilan prend une tournure plus politique.
Valentin Epoupa Bossambo revendique les résultats obtenus par la commune sur le terrain institutionnel et international. « Ce semestre, malgré les turbulences économiques, a été celui des auréoles », a-t-il déclaré.
En janvier, l’Ambassade d’Allemagne a salué les performances de Douala 3e au terme du projet PADGOF, avec notamment l’octroi d’une borne numérique.
En février-mars, une mission de la Banque mondiale venue de Washington s’est également déclarée satisfaite de la mise en œuvre du projet des filets sociaux.
Le projet Oméga, consacré à la culture des champignons avec l’appui de Plan Cameroun, a lui aussi reçu des appréciations favorables.
Mais la consécration est venue de France.
En juin, à Amiens, Douala 3e a obtenu ex æquo le premier prix du premier Congrès international sur le management des organisations africaines, grâce notamment à ses programmes consacrés à l’efficacité énergétique et à la résilience environnementale autour du centre de tri de Bilongué.
La commune a également reçu récemment une balayeuse mécanique du MINHDU, dans le cadre du concours « Villes propres ».
Le vrai test sera dans les quartiers
Ces distinctions sont incontestablement une vitrine. Elles renforcent l’attractivité de la commune et témoignent de la capacité de ses équipes à porter certains projets.
Mais elles posent aussi une question dérangeante : à quoi servent les trophées lorsque les ressources nécessaires aux investissements restent insuffisantes ?
Car une distinction internationale ne finance ni une route, ni un réseau d’assainissement, ni l’éclairage public. Elle ne paie pas les salaires, ne règle pas les factures et ne remplace pas les recettes fiscales.
C’est tout le paradoxe de ce bilan à mi-parcours : Douala 3e semble mieux réussir à l’international que dans ses propres caisses.
Le second semestre devra donc permettre de réduire cet écart. L’amélioration du recouvrement, la régularité des reversements et la mobilisation effective des ressources de la décentralisation seront déterminantes.

Salomon Madiba Songue, un symbole pour la commune
Le conseil municipal s’est tenu dans le nouvel auditorium de la mairie, désormais baptisé Salomon Madiba Songue.
Une dénomination symbolique pour une collectivité qui veut afficher ses ambitions et renforcer son rayonnement.
En clôturant les travaux, Valentin Epoupa Bossambo a appelé l’exécutif municipal, les élus et les différentes composantes de la commune à l’unité et à la mobilisation pour répondre aux besoins d’un territoire en pleine mutation.
Mais le rendez-vous le plus important sera celui du bilan définitif.
D’ici là, Douala 3e devra démontrer que ses distinctions peuvent devenir davantage qu’une vitrine : une capacité réelle à financer le développement local. Car, au bout du compte, les trophées font la réputation d’une commune. Les recettes, elles, paient ses factures.





