Cameroun : Deux bébés derrière les barreaux : Le scandale d’État

Cameroun : Deux bébés derrière les barreaux : Le scandale d’État

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Deux bébés derrière les barreaux : le scandale d’État

220 jours en prison. 220 jours de trop.

À la prison centrale de Bamenda, deux nourrissons arrêtés à l’âge de trois et quatre mois sont détenus depuis plus de sept mois. Une situation que la société civile qualifie d’« arbitraire » et de « violation flagrante des droits de l’enfant ».

Une arrestation sans mandat

Les faits remontent au 24 juin 2025. Selon la déclaration rendue publique à Bafoussam le 30 janvier 2026, des forces de défense et de sécurité procèdent à une série d’arrestations à Ndop et Bamessing, dans la région du Nord-Ouest, sans mandat ni décision judiciaire préalable.

Parmi les personnes interpellées figurent Mesdames Joycelyn Ndum (22 ans) et Blanche Yocnteh (22 ans), arrêtées avec leurs bébés respectifs, âgés de trois et quatre mois.

Problème : les nourrissons ne font l’objet d’aucune procédure judiciaire. Aucun chef d’accusation ne pèse contre eux.

Une punition collective interdite par le droit international

D’après les organisations signataires, ces enfants seraient privés de liberté en raison d’un lien familial présumé avec un individu recherché pour soupçon d’appartenance à un groupe armé séparatiste actif dans le département du Ngoketunjia.

Pour la société civile, il s’agit d’une punition collective, strictement interdite par le droit international humanitaire et les conventions relatives aux droits humains.

La Convention relative aux droits de l’enfant, ratifiée par le Cameroun, impose pourtant à l’État une protection spéciale et renforcée des mineurs, en particulier des nourrissons.

Des conditions dénoncées comme inhumaines

Après une détention initiale à la brigade de gendarmerie de Ndop, décrite comme constitutive de traitements inhumains et dégradants, les mères ont été placées en détention provisoire à la prison centrale de Bamenda.

Les bébés y ont été transférés avec elles.

Or, soulignent les organisations de défense des droits humains, aucune ordonnance de détention visant les mères ne saurait juridiquement justifier l’incarcération de nourrissons.

Silence des institutions ?

Malgré plusieurs alertes, requêtes et demandes de mise en liberté, aucune mesure corrective n’aurait été prise à ce jour.

La déclaration critique ouvertement :

« l’attitude passive de la justice camerounaise »

le « silence complice » de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun

Pour les organisations signataires, l’État engage sa responsabilité internationale pour détention arbitraire d’enfants et violation des conventions ratifiées, notamment la Convention contre la torture.

La société civile exige

Réunies à l’initiative de l’ONG Conscience Africaine, plusieurs organisations nationales et internationales exigent : La libération immédiate et inconditionnelle des deux bébés

La mise en place de mesures alternatives garantissant leur protection et leur bien-être

L’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale

La fin de toute instrumentalisation sécuritaire impliquant des nourrissons

« Aucun bébé derrière les barreaux », martèlent les signataires.

Un précédent inquiétant

Au-delà de ces deux cas, cette affaire pose une question fondamentale :

Peut-on, au nom de la lutte sécuritaire, suspendre les droits les plus élémentaires des enfants ?

Dans un contexte marqué par la crise sécuritaire dans les régions anglophones, cette situation soulève un débat crucial sur l’équilibre entre impératif sécuritaire et respect des engagements internationaux en matière de droits humains.

La déclaration est portée par un large éventail d’acteurs de la société civile camerounaise et internationale, engagés dans la défense des droits humains, la promotion de la démocratie et la protection des groupes vulnérables.

Parmi les organisations signataires figurent notamment :

Conscience Africaine, initiatrice de la déclaration ;

Nouveaux Droits de l’Homme ;

Mandela Center International ;

Human is Right ;

Association des Amis du Droits ;

Plateforme de la Société Civile pour la Démocratie ;

MBOSCUDA ;

CODEHS ;

REWAC ;

Refugee Welfare Association ;

RENADH ;

All Women Together ;

Docteur Hilaire Kamga Ainsi que plusieurs autres organisations, plateformes, activistes et défenseurs des droits humains. Ont apposé leur signature au bas du document, témoignant d’une mobilisation collective et transversale autour de la protection des droits de l’enfant.

Fait à Bafoussam, le 30 janvier 2026.

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