Clap de fin pour la Can MAROC 2025. Au Cameroun, chaque élimination semble désormais annoncer un renouveau imaginaire. Après une CAN sans relief, sans tir cadré et sans domination, certains préfèrent transformer un revers clair en promesse vague. Une narration rassurante, mais dangereuse, qui éloigne le football camerounais de l’exigence qui a bâti sa légende.
Par Éric Benjamin Lamere
Quand l’échec devient un récit apaisant
Il fait toujours jour après une élimination. Le soleil, lui, n’a pas besoin de discours consolateurs. Pourtant, autour du football camerounais, l’analyse sérieuse cède de plus en plus la place à une littérature anesthésiante : un échec est aussitôt transformé en promesse, afin que personne ne rende réellement compte de rien.

Parler d’une « opération sixième étoile arrêtée » est une contrevérité. Cette campagne ne s’est pas interrompue : elle n’a jamais véritablement commencé. Une élimination précoce, sans maîtrise ni supériorité, ne saurait être déguisée en point de départ glorieux. L’optimisme de façade n’est pas une politique sportive.
Le faux costume de l’outsider
La posture du Cameroun « que personne n’attendait » relève de la comédie. Le Cameroun ne participe pas à une CAN pour éviter la figuration. Son standard historique, c’est le dernier carré, au minimum. Tout le reste est une régression. Présenter cette baisse d’exigence comme de la sagesse stratégique est une manipulation douce, mais pernicieuse.
La jeunesse comme paravent
L’argument de « l’équipe jeune en construction » ne résiste pas à l’examen. Une partie significative de cet effectif était déjà présente sous l’ancien sélectionneur, remercié à deux semaines du tournoi. Le changement est davantage cosmétique que structurel : on a changé l’étiquette, pas le contenu.

Une responsabilité soigneusement diluée
La décision de limoger un sélectionneur à la veille d’une CAN pour confier l’équipe à un entraîneur courageux, mais sans réelle expérience internationale de très haut niveau, pose une question centrale : la CAN est-elle devenue un terrain d’apprentissage ?
La réponse est non. La Coupe d’Afrique des Nations est une compétition impitoyable, un tribunal de la compétence. Elle ne pardonne ni l’improvisation ni l’amateurisme institutionnel.
Le “travail accompli” : un argument creux
On nous invite à applaudir « le travail réalisé en si peu de temps ». Mais de quel travail parle-t-on réellement ? Clarifier des rôles, installer une ossature, donner une lisibilité minimale : c’est le strict minimum attendu d’un staff technique.
La vraie question reste sans réponse :
Est-ce que l’équipe domine ?
Est-ce qu’elle est efficace ?
Est-ce qu’elle tue les matchs quand il le faut ?
La réalité est brutale : le Cameroun a manqué ce qui définit les grandes nations du football — la maîtrise, l’efficacité et la froideur.
Deux poids, deux lectures
Hier, une équipe qualifiée confortablement pour la CAN avec deux journées d’avance était jugée vieillissante et sans âme. Aujourd’hui, avec une élimination nette, les mêmes joueurs deviennent soudain une « base prometteuse ». Ce n’est pas de la lucidité, c’est une contorsion intellectuelle.
L’arbitre comme ultime refuge
Quand l’attaque est inexistante, l’arbitre devient toujours le coupable idéal. Zéro tir cadré, mais un penalty imaginaire pour déplacer le débat. Non. L’essentiel s’est joué ailleurs : dans l’incapacité à créer, cadrer et faire la différence.

Le Cameroun n’a pas besoin de patience
Le football n’est pas une science exacte, mais il obéit à une règle universelle : la responsabilité. Transformer l’échec en « expérience utile » revient à dépolitiser la défaite et à abaisser les standards.
Oui, demain il fera jour.
Mais à ce rythme, ce n’est pas seulement la sixième étoile qui attendra.
C’est le retour du Cameroun au niveau où il est respecté pour ses résultats, et non pour ses intentions.

Par Éric Benjamin Lamere





