Soutenance-spectacle : les risques d’un triomphe trop bruyant

Monsieur BABOKE Osvalde ne commet pas qu'une (grave) faute de goût,

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La soutenance de thèse d’une jeune médecin camerounaise, relayée comme un événement public sur les médias nationaux, suscite le débat. Au-delà de l’émotion familiale légitime, ce geste interroge : célébrer une étape de vie comme une victoire définitive n’est-il pas un piège, à la fois moral, spirituel et existentielle ?

Le bonheur, comme la réussite dont il se veut l’expression, est mouvant, complexe, insaisissable et même d’une certaine façon, impossible, pour reprendre les mots d’Arthur Schopenhauer qui sont eux-mêmes au prolongement de la pensée stoïcienne.

Une mise en scène aux allures de triomphe

En établissant une focale de type publicitaire sur la soutenance de thèse en médecine de sa Fille prénommée Indira, Monsieur BABOKE Osvalde ne commet pas qu’une (grave) faute de goût, et un détournement de biens publics (la télévision, de par sa nature et sa vocation, est par essence un bien public – même à capitaux privés). Le plus grave – de mon point de vue – est qu’il se risque sur un terrain dont la dangerosité est connue, et à laquelle personne, aucun humain n’échappe. A savoir, le caractère consubstantiellement dialectique de la vie qui veut qu’aucune situation n’est éternelle et aucune victoire acquise pour toujours.

Einstein disait : tout change dans le monde et le plus sage est toujours de se préparer au changement.

Dans le cas d’espèce, en théorie, la vie d’une jeune Femme de 26 ans (spéculons que ce soit l’âge de la jeune Femme) est encore longue, très longue. Allons-y sur l’hypothèse qu’elle vive coquettement, c’est-à-dire, 90 ans. Il lui reste donc encore au moins 64 ans à tenir debout, à barboter comme tout le monde dans l’océan de l’incertain qu’est la vie. En gros, il lui reste encore à s’installer professionnellement, à fonder une famille, à se donner une progéniture, à gérer sa belle-famille, ses voisins et ses collègues, à éduquer ses propres enfants, à acquérir du patrimoine et à le préserver, à faire face aux infidélités de son homme, et peut-être, un de ces jours, à affronter la maladie et, fin des fins, la disparition – celle des siens comme celle de ses proches.

Une réussite n’est jamais définitive

Tout cela pour dire quoi ? Que le tableau de la « réussite » qui est portraituré dans l’affichage de cette soutenance-spectacle, n’est jamais donné, au grand jamais acquis. Et qu’il est, de ce fait, extrêmement imprudent à un parent de donner le sentiment à son enfant (et aux autres) que sa vie est faite, parce qu’il a passé une étape. Car une étape n’est qu’une étape, qui ne présage de rien sur ce qui vient. Réussir à l’école ne veut pas dire qu’on réussira professionnellement ; réussir professionnellement n’ouvre pas forcément la voie à la réussite matérielle ; l’aisance financière ne conduit pas nécessairement au bonheur dans le couple ; une quiétude dans la vie à deux n’est pas la route absolue vers un cœur léger sur la route des enfants ; beaucoup recevoir de la vie ne vous rend pas toujours la tâche facile ni avec sa propre fratrie ni avec sa belle-famille. En clair : le bonheur, comme la réussite dont il se veut l’expression, est mouvant, complexe, insaisissable et même d’une certaine façon, impossible, pour reprendre les mots d’Arthur Schopenhauer qui sont eux-mêmes au prolongement de la pensée stoïcienne.

L’éducation à l’épreuve de l’humilité

Il faut donc faire attention, être prudent. Tous ceux qui ont déjà vécu 40 ans savent à quel point il est difficile d’atteindre cet âge ; ceux qui font 50 ans entrent dans le territoire d’autres complications, sans même parler du résidu des sexagénaires. Quand on a 26 ans, tout le bonheur est derrière soi, et toutes les difficultés devant. (Bien) éduquer un Enfant c’est lui dire, le préparer avec franchise à l’évidence de ce que demain est compliqué, voire absurde ; ce n’est pas faire ce que Monsieur BABOKE et son épouse font là, et qui établit chez-eux la paresse intellectuelle, spirituelle et même morale de penser la vie non pas par le chemin, mais par la destination ; non pas par l’épreuve et la souffrance, mais par l’alignement des jouissances et du plaisir.

Foi, discrétion et éthique de la retenue

Pour finir, il s’agit même d’une trahison vis-à-vis des écritures dont ils se font depuis une longue date les hérauts. Car, la Bible est tout sauf un Livre de bonheur, mais – essentiellement – un lieu de quêtes, de questionnements, de titubations, d’effondrements et de souffrance. La Figure christique est, par son essence même, une figure de passion – et donc, de souffrance extrême, aux confins de son extinction sur la croix. Déjà chez Saint-Augustin, un tout petit peu chez Saint-Thomas d’Aquin, il y a l’idée de renoncer à ce que le Pape Benoît 16 appelait toute recherche d’applaudissements. Et c’est la théologie de Calvin qui a porté ce souffle encore plus loin, en posant la sobriété dans la pratique de la foi comme dans l’expression de la vie, à son comble.

Dans une société comme la nôtre où toutes les lumières à l’horizon ont cessé de briller et de construire l’espérance, il est nécessaire que certaines figures consentent à ne pas davantage exagérer un effondrement déjà quasi absolu. De ce fait, s’il y avait quelque chose à faire, c’était de ne justement pas faire l’étalage qui a été donné à voir hier. Car, dans les cycles de cette vie qui se retourne sans cesse sur elle-même et nous fait payer de prix dont nous ne soupçonnons rien, se trouvent souvent des actes de cette nature, tout à fait inutiles, qui n’apportent plus tard, que de sérieux ennuis.

Par Serge Alain GODONG

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